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Le bilan de Barack Obama un an après sa victoire présidentielle:

- Le bilan de la politique étrangère de Barack Obama, un an après sa victoire aux élections présidentielles (2e épisode)

- La gestion de la crise économique par l'administration Obama et ses implications dans la réglementation du système bancaire (3e épisode)

voir aussi: le premier épisode

Articles récents

États-Unis: Quelle évaluation provisoire de la politique étrangère du président Obama un an après sa victoire à l'élection présidentielle?

Le 4 novembre 2008, Obama est élu président des États-Unis. Un an après, quel est le bilan de sa politique étrangère?

Des politiques qui ne seront jamais à la hauteur des attentes

Les politiques étrangères extrêmement ambitieuses de l'administration Obama sont un signe positif de l'implication de la démocratie américaine dans la gestion des conflits et des enjeux internationaux.

Néanmoins, le président américain cherche surtout à tenir ses promesses électorales avec des politiques diplomatiques qui ne pourront jamais être à la hauteur des espoirs suscités. D'ailleurs, la seule erreur de l'administration Obama a été le renforcement militaire de 21 000 soldats en Afghanistan décidé au printemps dernier. Rappelons que Barack Obama est un président de gauche qui doit faire énormément de concessions politiques au centre.

Le pragmatisme d'Obama: entre consensualisme et idéalisme démocratique

Plusieurs critères peuvent caractériser la politique étrangère du président Obama: le pragmatisme, le centrisme volontariste et le réalisme politique. Bien qu'on puisse considérer Obama comme un « démocrate idéaliste », il reste toutefois un réaliste qui cherche toujours le compromis, comme on peut l'observer avec les problèmes d'application d'un système de santé aux États-Unis. En effet, la tentative de créer un système de sécurité sociale à portée universelle représente déjà un semi-succès. Tous les présidents américains ont tenté de réformer le système depuis Henry Truman. Mais, ici c'est différent, Obama est soutenu par ses pairs du Parti Démocrate – en tout cas pour cette réforme. Mais tout dépend du sort de cette législation, qui, déjà repoussée deux fois, sera votée au cours de cet automne. Si la législation échoue, les candidats démocrates auront de grosses difficultés pour les élections législatives de demi-mandat (en novembre 2010) et la crédibilité d'Obama sur la scène internationale en sera écornée.

Le mauvais choix d'Obama: commencer sa politique étrangère par les colonies juives implantées sur le territoire arabe

Ce qu'on peut surtout observer, c'est que l'administration Obama ouvre une quantité de dossiers en même temps, un peu comme Sarkozy au début de son mandat – d'ailleurs la plupart des réformes envisagées en France ont été soit ajournées, soit complétement oubliées. Dès son arrivée à la tête de l'administration américaine, Barack Obama a notamment ouvert le dossier du conflit israélo-palestinien qui est pourtant totalement piégé tant par les opinions divergentes du président américain et du premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, que par la scission de la Palestine en deux États distincts – la bande de Gaza contrôlé par le Hamas et la Cisjordanie dirigée par le gouvernement de Mahmoud Abbas (Fatah).

En réalité, le président américain a mis la barre trop haut en se focalisant sur le problème des colonies israéliennes en Cisjordanie. Or, c'est le problème clés. La position israélienne est beaucoup plus facile à expliquer sur la question du retour des réfugiés palestiniens en Palestine que sur la présence de colonies juives dans les territoires arabes. On peut défendre ou s'opposer à l'arrivée de réfugiés mexicains dans le sud des États-Unis, mais le sujet des colonies est légitimement indéfendable aux yeux du monde. De plus, historiquement, Israël a annexé en 1980 Jérusalem-Est, ce qui ajoute une difficulté à la complexité diplomatique de la situation au Proche-Orient. C'est d'ailleurs cette complexité géopolitique qui ralentit depuis un an la diplomatie américaine dans le processus de paix entre Israël et les Palestiniens. La première étape de la résolution de ce conflit serait-elle, comme l'a annoncé la secrétaire d'État, Hilary Clinton, un gel partiel des nouvelles implantations israéliennes dans le territoire palestinien? Cela risque de décevoir les Palestiniens, mais pour ouvrir de nouvelles négociations, cela pourrait suffire (dixit Benjamin Netanyahou).

Une volonté de changement en prise avec une naïveté diplomatique

Après huit ans d'immobilisme exercé par l'administration Bush – l'ancien président américain n'était intervenu au Proche-Orient qu'à la fin de son second mandat, Obama montre clairement sa volonté de changement à l'international en étant entouré d'une équipe déterminée et assez agressive.

Néanmoins, Obama appuie les anciennes positions diplomatiques américaines dans le croissant fertile: ses discours au Caire et à Ankara nous font observer qu'il cherche à maintenir ses alliés égyptien et turc dans la région. D'après Obama, la Turquie serait le pays conciliateur entre le monde arabo-musulman et l'Occident, c'est d'ailleurs pourquoi il a soutenu l'adhésion de la Turquie dans l'Union Européenne. Or, maintenir ces positions-là montrent aussi une pointe de « naïveté » de la part de Barack Obama: Moubarak, le président égyptien, est à la tête d'une semi-dictature héréditaire et est en plein conflit avec les fondamentalistes musulmans; la Turquie est certes un pays laïc, mais l'État turc devient de plus en plus islamiste; et enfin, le peuple turc, d'après de récents sondages, ne souhaite pas encore entrer dans l'UE.

Le multilatéralisme, la marque de fabrique de l'administration Obama

Mais, la bonne nouvelle dans l'histoire pour l'Europe, c'est le retour au multilatéralisme des Etats-Unis. Obama a réussi à rétablir les relations avec l'Europe en intervenant sur la plupart des dossiers avec ses amis européens. Partout, il cherche des compromis avec les puissances étrangères par des politiques de coopération internationale. Par exemple, il a ouvert des négociations avec la Russie sur la question de l'implantation d'un bouclier anti-missile en Pologne et en République tchèque. Sur le dossier du nucléaire iranien, il a tenté la politique de la main tendue avec le président iranien Ahmadinejad en mettant en exergue le respect mutuel des deux puissances, ce qui peut d'ailleurs se ressentir parmi la population estudiantine iranienne pro-américaine.

Chronique du 4 novembre 2009: 1989, liberté à l'Est

A quelques jours du 20ième anniversaire de la chute du "mur de la honte", le Blog de la Dernière Génération revient sur tous les évenements libératoires de l'année 1989.


« Dans cinquante ou cent ans, le Mur sera toujours là », Erich Honecker, le 19 janvier 1989.
En affirmant en janvier 1989 que cinquante ou cent ans plus tard, le Mur de Berlin serait encore debout, le chef du parti communiste d'Allemagne de l'Est ne pensait pas qu'il serait détruit avant la fin de l'année.

Avant de revenir sur l'événement principal de l'année 1989, lorsque pendant la nuit du 9 au 10 novembre des milliers d'allemands franchissaient pour la première fois la frontière de béton qui, depuis plus de 28 ans, symbolisait la guerre froide et coupait leur pays et l'Europe en deux, nous allons analyser ce qui a préparé et permis la chute du « mur de la honte ». Ce sont naturellement tous les événements qui ont bouleversé l'histoire du monde il y a 20 ans en libérant six pays d'Europe de l'Est de la domination soviétique avant de provoquer son effondrement: la Hongrie, la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Bulgarie, la République démocratique d'Allemagne (RDA) et la Roumanie qui, le jour de Noël, a renversé, puis exécuté par une révolution le dirigeant le plus stalinien du bloc communiste, Ceaucescu.

Mais comment en l'espace d'une année, l'URSS a pu perdre ses satellites, son empire communiste en Europe? Quel est le rôle du pape polonais Jean Paul II qui soutenait activement le syndicat Solidarnosc (« Solidarité »), de la politique de Reagan contre l'Empire du Mal ou encore du dirigeant le plus « paradoxal » de l'époque, Gorbatchev (Gorby pour les intimes)?

L'année 1989 est l'aboutissement d'une période troublante de l'histoire et est la conjonction de plusieurs facteurs. En réalité la résistance au communisme n'a jamais vraiment cessé à partir de l'instauration de tous ces régimes communistes en Europe de l'Est au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. En effet, il y a eu des explosions sporadiques pendant toute la guerre froide: le blocus de Berlin en 1948, l'insurrection de Budapest en 1956, l'occupation de la Tchécoslovaquie en 1968 qui suivit le printemps de Prague...

Mais le tournant majeur de cette période est 1980 lors de la naissance du premier syndicat indépendant Solidarnosc en Pologne avec Lech Walesa. Cet événement retentit comme un signal démocratique dans tous les pays satellites de l'URSS (surtout la Hongrie et la Pologne): une opposition démocratique anticommuniste, voire une révolution libératrice était possible.

A cela s'ajoute l'arrivée d'un jeune leader à Moscou en mars 1985, Mikhaïl Gorbatchev, qui était un vrai communiste assez orthodoxe, mais qui, de façon pragmatique, prit conscience que le système soviétique ne pouvait plus tenir tel quel: de plus en plus de révoltes anti-soviétiques éclataient en Europe de l'est, le régime de pénurie, instauré par la doctrine Brejnev, mettait à bout de souffle l'économie de l'URSS et de tous ses pays satellites, et les Russes étaient engagés dans la guerre d'Afghanistan et dans une course à l'armement contre les États-Unis qui ruinaient petit à petit le bloc communiste. Tous ces dérèglements ont contraint Gorbatchev à réformer le système soviétique par des politiques de non-intervention militaire, de liberté d'expression (la glasnost) et de modernisation de l'économie (la perestroïka).

Dès lors, l'URSS n'interviendrait plus militairement dans les affaires d'autres États communistes, même si des révoltes se dressaient contre elle. Cette première mesure plutôt "naïve" donnait la possibilité à chaque peuple sous domination communiste de choisir librement son régime sans aucune contestation de Moscou: ce fut l'un des prologues à l'éclatement du bloc de l'Est. Naturellement, Gorbatchev fut bien dépassé par les événements révolutionnaires de 1989, et ce fut son grand mérite de reconnaître que l'URSS et lui-même ne pouvaient en rien s'y opposer.

PREMIER EPISODE: le 4 Juin 1989, premières élections libres en Pologne

Les premières élections libres organisées dans le bloc soviétique depuis 40 ans, qui se soldèrent par la victoire du parti de Lech Walesa, le parti Solidarité, ont symbolisé le début de la fin du communisme.

Les élections s'étaient déroulées le 4 juin, et le dépouillement et la comptabilisation des votes ont eu lieu toute la nuit: chaque parti faisait sa propre comptabilité. Au quartier général de Solidarité, qui se situait au centre de Varsovie (sur la place de la Constitution), personne ne s'attendait à une telle surprise: à l'aube du 5 juin 1989 (vers 5-6 heures du matin), le peuple polonais dans son unité démocratique n'a pu que constater la victoire massive de Solidarité - 99 % des voix du Sénat. Les dirigeants du parti s'attendaient évidemment à gagner – ils connaissaient plutôt bien les opinions des polonais, mais n'ont jamais espéré une si large victoire de leur parti.
Au même moment, à quelques milliers de kilomètres de l'euphorie électorale, dans un autre pays communiste se tenait le tragique écrasement d'un autre espoir anticommuniste: le massacre de la place Tian'anmen...

Après un long bras de fer opposant le Solidarnosc de Lech Walesa au parti ouvrier unifié du général Jaruzelski (le célèbre dirigeant polonais aux lunettes noires), les dirigeants communistes négocièrent la transition pacifique vers la démocratie, toute répression étant impuissante: le 19 août 1989, Tadeusz Mazowiecki est investi à la tête du premier gouvernement non communiste en Europe de l'Est (grâce à une coalition entre Solidarité, le parti paysan et le parti démocrate). Simultanément, un autre pays est à la tête de la contestation de l'hégémonie soviétique: la Hongrie. C'est d'ailleurs ce pays qui provoquera la première brèche dans le très renommé rideau de fer...



DEUXIEME EPISODE: le 10 septembre 1989, la Hongrie décide d'ouvrir ses frontières avec l'Autriche

Deux mois avant la chute du mur, la Hongrie offrit la possibilité aux premiers allemands de l'Est de pouvoir partir vers l'Europe de l'Ouest, ce qui entraîna un raz-de-marrée d'immigrés venus se réfugier en République fédérale d'Allemagne (RFA).

En effet, la Hongrie, comme la Pologne, joua un rôle considérable dans la libéralisation et l'explosion du bloc soviétique. Tandis qu'en Pologne, les Polonais, via le Solidarnosc, menaient une opposition populaire soutenue par la religion catholique et le pape et appuyée par une longue tradition de résistance anticommuniste, en Hongrie, c'est au sein même du parti socialiste ouvrier hongrois (le courant des réformateurs) qu'on imposa d'ouvrir les frontières avec l'Autriche. La décision a d'ailleurs été prise le 2 mai 1989 par le premier ministre de l'époque, Miklós Németh, membre du parti communiste, mais qui paraissait tout à fait occidentalisé (formé à Harvard). Un million d'est-allemands sont alors venus se réfugier dans les ambassades de la RFA à Prague et à Budapest.

Une manifestation se tient en juin 1989, pendant laquelle le ministre autrichien des affaires étrangères de l’époque, Alois Mock, et son homologue hongrois, Gyula Horn, cisaillent symboliquement à Sopron la clôture de la frontière entre les deux pays

Cette décision de « briser le rideau de fer » a provoqué un exode massif d'« Ossies » désespérés vers la Hongrie attendant par milliers à l'ambassade ouest-allemande le démantèlement officiel du rideau de fer – qui eut donc lieu quelques mois plus tard le 10 septembre 1989 – afin de rejoindre l'autre partie de l'Allemagne, la RFA. . Fin septembre 1989, 25 000 Allemands de l’Est sont passés légalement en Allemagne de l'Ouest.

Un autre événement marque aussi le début du démantèlement du rideau de fer. Le 19 août 1989 est organisé un "pique-nique paneuropéen" près de la frontière austro-hongroise à l'endroit même où le rideau de fer a été cisaillé par les minitres des affaires étrangères autrichien et hongrois . L'opposition hongroise et l'Union paneuropéenne ouvrirent un passage entre les deux pays pendant trois heures: 661 habitants de l'ex-RDA ont ainsi pu fuir vers l'Autriche. Mais, suite à la fuite de plusieurs centaines d'Allemands de l'Est vers l'Autriche, la RDA va décider de verrouiller ses frontières. Le mécontentement des deux côtés du Rideau de Fer, qui s'élevait déjà depuis plusieurs mois, va se propager à l'ensemble de la population et l'opposition au régime de la RDA va s'amplifier, les manifestations se multipliant.


En Allemagne de l'Est, quelques semaines avant que le mur ne s'effondre et à cause des événements en Hongrie et en Pologne, le régime est-allemand se retrouve donc dans une situation impossible et incontrôlée...


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TROISIEME EPISODE: le 9 novembre 1989 à 22h30, les informations de l’Ouest annoncent que « les portes du Mur sont grandes ouvertes »

Lorsque Honecker, le secrétaire général du Parti socialiste unifié d'Allemagne, reçoit le 6 octobre 1989 Gorbatchev à Berlin à l'occasion du 40ième anniversaire de la proclamation de la RDA, le dirigeant sovietique lâche publiquement Honecker: « La vie punit celui qui arrive trop tard », déclare le responsable soviétique à Erich Honecker, 77 ans, secrétaire général du SED, le Parti communiste d’Allemagne de l’Est, et chef de l’Etat.

A l'époque, il y avait deux types de pays: ceux qui résistaient au communisme en s'engageant dans un mouvement de libéralisation – la Pologne, la Hongrie et l'URSS dans une moindre mesure, et ceux qui étaient dirigés par des régimes durs qui étaient en complet déni des événements libératoires - la Roumanie, la Bulgarie et la RDA.

L'Allemagne de l'Est appartenait donc à ce dernier groupe. C'est ainsi que le régime communiste est-allemand évoluait dans une double illusion: Honecker n'a jamais cru à la fin du communisme en Europe et pensait certainement que la RDA était tellement importante aux yeux de Moscou que l'URSS ne les laisserait pas tomber. D'ailleurs, tous les commentateurs de l'époque auraient pu imaginer que la Pologne et la Hongrie s'échappent du bloc communiste, mais personne n'aurait pu prédire la fin de l'Allemagne de l'Est. La RDA était le symbole même de la guerre froide – notamment par la division de l'Allemagne qui rendait légitime la constitution de deux blocs opposés: si la RDA s'écroulait, le monde communiste implosait et l'URSS chutait.

A la suite de la fermeture des frontières avec la Tchécoslovaquie, des manifestations explosèrent de toute part en RDA contre le régime communiste et, ce, lors de la célébration du quarantième anniversaire de la création de la RDA, les 6 et 7 novembre 1989. Pendant le défilé, Gorbatchev est acclamé aux cris des manifestants: « Wir sind das Volk, Gorby, Freiheit ! » (« Le peuple, c’est nous, Gorbi, Liberté ! ») ou « Gorby, hilf uns ! Gorby, hilf uns ! » (« Gorbi, aide nous ! Gorbi, aide nous ! »). A la tribune, Mieczyslaw Rakowski, l'ex-premier ministre polonais, est à la tribune avec le général Jaruzelski, juste derrière Gorbatchev. Il s'adresse alors au dirigeant soviétique: "Mikhaïl Sergueïevitch, vous comprenez l'allemand ? - Suffisamment pour comprendre ce que scandent les manifestants", rétorque Gorbatchev. Rakovski conclut: "Vous comprenez que c'est la fin ?"

En pleine crise politique, Honecker est contraint de démissionner le 18 octobre 1989. Il est alors remplacé par Egon Krenz, qui, en novembre, prend une décision incroyable, rendue publique le 9 novembre 1989 à 19 heures à la radio par un obscur membre du comité central, Günter Schabowski. C'est cette annonce qui provoquera la chute du Mur de Berlin:
« Nous avons donc décidé aujourd’hui de prendre une disposition qui permet à tout citoyen de la RDA de sortir du pays par les postes-frontières de la RDA », Günter Schabowski apprenant la nouvelle du démantèlement du mur en lisant aux journalistes l'annonce du parti socialiste unifié est-allemand.


La chute du Mur de Berlin est très certainement l'événement le plus spectaculaire et le plus émouvant de l'année 1989, mais cela ne marque en rien le début de l'effondrement du communisme en Europe. Bien que la chute du Mur de Berlin représentait la destruction du principal symbole de la guerre froide qui scindait l'Europe et le monde en deux blocs, ce serait plutôt l'aboutissement d'une longue suite d'événements libératoires qui ont commencé en 1980 en Pologne avec la révolte des ouvriers de Gdansk conduite par le premier syndicat libre, le Solidarnosc. Si les est-allemands ont pu franchir ce mur le soir du 9 novembre 1989 ou s'échapper les semaines qui ont précédé sa chute, c'est donc surtout parce que des facteurs externes sont intervenus: les élections libres en Pologne, l'ouverture des frontières austro-hongroises, et enfin le soutien de l'Europe de l'Ouest et des États-Unis aux est-allemands, sans oublier l'active diaspora polonaise et hongroise présente en Occident.

En réalité, chaque pays s'est délivré de l'emprise communiste après un long processus de libéralisation auquel des facteurs extérieurs se sont ajoutés. L'URSS a elle aussi eu son « lot d'événements »: Andrei Sakharov, qui, délivré de son exil intérieur par Gorbatchev en décembre 1986, est revenu à Moscou et a continué à participer à la vie politique soviétique en luttant activement pour la démocratie (il est mort à la fin de cette année 1989). Plein de personnages à travers le bloc communiste ont ainsi joué un rôle important.

Avec la chute du mur le 9 novembre, c'est aussi un régime dur qui s'effondre: celui de la RDA.
Or, les puissances européennes - la France et le Royaume-Uni - ont un comportement plus que ambigü après la chute du mur. En vérité, les événements en Allemagne préoccupaient beaucoup François Mitterand et Margaret Thatcher. Tous deux étaient hostiles à une réunification allemande préférant deux Allemagnes à une puissance dont la population serait plus importante et un PIB plus élevé qu'en France et en Grande-Bretagne. Finalement la solution qui a été trouvée fut la célèbre formule  "2 + 4" (deux Allemagnes, la France, le Royaume Uni, les Etats-Unis et l'URSS). Ainsi, les deux Allemagnes devaient régler les questions territoriales dans un accord international avant que le pays ne redevienne uni et souverain.
Mais, la réunification allemande était surtout synonyme de succès électoral pour le CDU de Helmut Kohl. En étroite collaboration avec le président américain de l'époque, George Bush, le chancelier allemand emboîte le pas à Gorbatchev et accélère l'unification des deux Allemagnes en présentant un plan en dix points sans même consulter son ministre des affaires étrangères.

L'histoire s'accélère alors, le pays se démocratise et des élections libres tenues le 18 mars 1990 conduisent à ce que le Parti socialiste unifié d'Allemagne perde le contrôle majoritaire de la Chambre du peuple (le Parlement est-allemand). Ainsi, le 23 août, la nouvelle assemblée vote l’extension de la République fédérale d'Allemagne aux territoires de la RDA. Cet acte prend effet le 3 octobre 1990, date à laquelle la République démocratique allemande disparaît.

QUATRIEME EPISODE: l'effet domino suivant la chute du Mur de Berlin

Le 10 novembre 1989, il restait encore trois pays dont le régime était très conservateur et attaché au système communiste: la Bulgarie, la Roumanie et la Tchécoslovaquie.

Au lendemain de la chute du mur, le dirigeant bulgare Todor Jivkov est contraint de démissionner, dépassé tant par les événements en RDA que par les manifestations de protestataires contre la situation écologique désastreuse du pays. Il est remplacé à la tête de l'État par un réformateur, Maldenov, qui supprime la censure et dissout le parti communiste bulgare afin de mettre en place les premières élections libres en juin 1990.

En Roumanie a lieu cette impressionnante arrestation et condamnation à mort du couple Ceaucescu. Avant l'éclatement de la révolution, la Roumanie était un régime assez fermé par rapport aux autres pays satellites de l'URSS: le pays ressemblait véritablement à une citadelle monarchique dirigée par un coupe infernal. C'était bien plus qu'un régime communiste, c'était une dictature totalement indépendante des volontés de Moscou qui, en l'espace de 45 ans, a fait 2 millions de morts civils.

Au mois de décembre 1989, le peuple roumain est naturellement enhardi par la chute du mur. Mais c'est surtout la tentative de déportation en Transylvanie du pasteur hongrois László Tökés qui a provoqué soudainement une flambée de colère populaire anticommuniste dans la ville de Timisoara – réprimée de façon violente par les forces armées, la Securitate. Au même moment, Ceaucescu était en visite en Iran. Croyant pouvoir reprendre le contrôle de la foule, il organise le lendemain de son retour, le 21 décembre, à Bucarest un rassemblement de masse censé soutenir le régime. Or, huit minutes après le début de son discours, la foule criait « Timişoara » et Ceaucescu, visiblement stupéfait, interrompit son discours tandis que la transmission télévisée fut interrompue. Le lendemain, pendant l'invasion du palais présidentiel par les manifestants, le couple s'enfuit en hélicoptère dans le but de rejoindre un palais de province. Mais rattrapé deux jours après par des citoyens insurgés, le couple Ceaucescu est arrêté. A la suite d'un procès expéditif de 55 minutes, l'exécution du couple présidentiel - diffusée le soir sur toutes les chaines roumaines - a lieu le 25 décembre 1989.

Mais tous les événements qui précédèrent l'arrestation du couple de dictateurs ne sont pas clairs. La Securitate, la police militaire, a t-elle joué un rôle dans l'arrestation du couple? Peut-on parler d'un complot organisé par la nomenclature communiste contre Ceaucescu? En effet, les premières personnalités politiques à apparaître à la télévision lors des premières heures de la Révolution roumaine sont devenues les sucesseurs de Ceaucescu à la tête de l'Etat roumain – Ion Illiescu est devenu président tandis que Petre Roman est devenu premier ministre de la république roumaine.

Le dernier événement à marquer cette année 1989 est l'élection du principal opposant politique à la présidence de la république tchécoslovaque. En effet, un homme qui était encore en prison au début de l'année 1989, l'âme de la dissidence tchèque a été élu par une assemblée totalement sous contrôle communiste le 29 décembre 1989, cet homme c'est le dramaturge Václav Havel. C'est ce dernier et ses compagnons de la charte 77 qui ont pris la tête de la révolution de velours – nommée ainsi à cause du peu de sang écoulé – qui a commencé le 17 novembre par une large manifestation d'étudiants après la chute du mur.
Pendant la révolution, le futur président de la république tchécoslovaque n'a jamais pensé prendre le pouvoir à la fin de l'année: d'ailleurs il détenait toujours une brosse-à-dent au cas où il serait encore arrêté...

En décembre 1989 a lieu aussi une rencontre historique à Malte entre le dirigeant soviétique et le président américain. Bush et Gorbatchev déclarent alors: "nous ne sommes plus ennemis, la guerre froide est terminée."



CONCLUSION: l'effondrement et l'éclatement de l'URSS en décembre 1991

La Tchécoslovaquie est donc le dernier pays satellite à se libérer du joug communiste. Cette disparition de l'empire soviétique va provoquer la chute de l'URSS comme si elle ne pouvait pas survivre à la perte de ses satellites européens puisque, un an plus tard, elle disparaîtra et avec elle le communisme – en tout cas dans cette partie du globe.

Mais, l'URSS était aussi soumise à des forces centrifuges internes: les pays baltes, le Caucase, l'Arménie, et la Géorgie. L'Arménie a été l'un des premiers pays à mettre le feu aux poudres en 1988 avec les premières manifestations. Les pays baltes ont accompagné les mouvements libératoires d'Europe de l'Est. Ainsi, l'histoire était aussi en marche en URSS. Gorbatchev espérait ralentir, sinon maintenir les événements de libéralisation, mais ce fut un échec. En décembre 1991, l'URSS disparaissait...

Article de La Croix: "Les jeunes en 2009, une génération pragmatique"


Article de La Croix du 27/10/2009 sur le rôle que souhaite jouer notre génération dans le monde dans lequel nous vivons...


Les jeunes en 2009, une génération pragmatique

Selon l’Indice de confiance des jeunes La Poste-"Phosphore"-"La Croix", les 15-25 ans adoptent des stratégies d’adaptation face à un monde qui, selon eux, ne tourne pas rond. À défaut d’utopie, ils gardent l’envie de faire bouger les choses

Alors que le gouvernement dit, avec le plan Hirsch présenté au début du mois, vouloir faire de la jeunesse l’une de ses priorités, voici une étude qui permet de mieux cerner les craintes, les espoirs, les attentes de ces fameux 15-25 ans.

L’indice de confiance La Poste-Phosphore-La Croix , dont nous dévoilons ici la teneur, conduit à dresser un portrait des jeunes tout en nuances. Parmi eux, 86 % considèrent que le monde va mal ou du moins pas tellement bien. Et ils sont encore 73 % à estimer que son état ne va pas s’améliorer, voire se dégrader.

Pessimistes, alors ? Pas forcément. Car s’ils sont bien moins utopistes que leurs aînés, s’ils ne nourrissent pas non plus de nostalgie à l’égard d’un monde passé qu’ils n’ont pas connu, les jeunes de 2009 refusent de baisser les bras.

Les ressorts de cette confiance : sincérité, réciprocité

Ainsi, 88 % déclarent qu’il faut changer les choses, non pas sur le mode de la transformation radicale mais davantage sur celui, plus pragmatique, de l’adaptation. De même, le regard lucide qu’ils portent sur la société ne les empêche pas, dans la plupart des cas, de croire en l’avenir, en leur avenir : 79 % des personnes interrogées pensent pouvoir s’en sortir.

Pour ce faire, les jeunes pensent pouvoir s’appuyer notamment sur leurs parents ou leur fratrie. De fait, lorsqu’on leur demande sur qui ou sur quoi ils comptent le plus, 93 % citent au moins une fois leur famille. Cette réponse arrive même en première position pour 40 % des sondés. Signe que la valeur famille a la cote.

Signe aussi que les relations parents-enfants se sont pacifiées, même si l’usage intensif qu’adolescents et jeunes adultes font des nouvelles technologies rencontre chez leurs aînés une forme d’incompréhension. « Au sein de la famille, on n’a pas forcément besoin de se comprendre pour se faire confiance », souligne ainsi le sociologue Alain Mergier, directeur de l’institut Wei.

Chez les jeunes, les ressorts de cette confiance sont selon lui de la sincérité, de la réciprocité, de la bienveillance et du soutien. Aussi, les amis proches figurent également en bonne place (70 % de citations), surtout chez les plus jeunes. Logiquement, ce sont surtout les plus âgés, ceux qui vivent déjà en couple, qui comptent sur le soutien de leur conjoint (53 % de citation en moyenne sur l’ensemble des sondés).

Beaucoup ont le sentiment de devoir "avancer dans une jungle"

Ce qui frappe surtout : deux tiers des personnes interrogées comptent sur elles-mêmes pour s’en sortir. Un jeune sur trois déclare même compter en premier lieu sur ses propres qualités pour se construire un avenir. Ce qui ne signifie pas pour autant que la jeunesse actuelle soit rongée par l’individualisme.

Alors que les générations précédentes pouvaient, vaille que vaille, bénéficier de contacts qui leur étaient quasiment donnés avec la naissance, rares sont les jeunes d’aujourd’hui qui peuvent se prévaloir d’une route toute tracée.

Beaucoup ont le sentiment de devoir « avancer dans une jungle », note Alain Mergier. Et c’est avant tout en leurs capacités à se créer des réseaux qu’ils s’en remettent, via notamment les sites communautaires qu’offre la Toile. Ils se méfient en revanche des institutions (68 % ne font pas confiance à l’État français), autant que des leaders d’opinion : 87 % ne font pas confiance aux hommes politiques… et 71 % aux journalistes !

Dans ce paysage, l’école n’apparaît pas non plus sous un jour très flatteur. Ainsi, 56 % des sondés considèrent que la réussite scolaire ne garantit pas la réussite professionnelle. Des sondés qui, dans une proportion similaire, pensent que l’enseignement reçu les prépare au monde du travail. « Les positions, cependant, varient grandement suivant le parcours », note Véronique Royné, directrice de clientèle chez LH2 et auteur de l’étude.

La perception négative de l’état du monde a progressé.

« À 71 %, les jeunes qui préparent un baccalauréat professionnel, par exemple, font confiance à l’école pour leur ouvrir les portes de l’emploi. À l’inverse, les jeunes actifs, déjà en poste ou en quête d’un travail, et qui donc se sont déjà heurtés aux réalités du marché, portent un regard beaucoup plus négatif sur l’institution scolaire. »

À première vue, la crise économique et financière – qui aurait eu des incidences sur la vie de la moitié des sondés ou de leurs familles – ne semble pas avoir influencé significativement les points de vue. Il y a un an, 79 % des jeunes pensaient pouvoir s’en sortir, proportion qui est tombée à 75 % en janvier 2009, au plus fort des turbulences, pour retrouver son niveau initial ce mois-ci.

De même, la perception négative de l’état du monde a progressé de 4 points entre octobre 2008 et janvier 2009, avant de repasser à 86 % lors du dernier sondage. Mais il serait erroné d’en conclure à un simple retour à la normale. Car sur les douze derniers mois, le pourcentage de jeunes convaincus que « tout se joue maintenant » et qu’ils ne doivent pas « perdre de temps » a grimpé de 15 points pour atteindre les 81 %.

Rien de bien étonnant si l’on rapproche ces chiffres de la proportion de sondés qui restent circonspects quant à l’issue de la crise (21 %) ou se disent persuadés que la vie sera désormais « plus dure qu’avant ». D’ailleurs, depuis octobre 2008, la part de jeunes qui considèrent que les parents et la société en général leur mettent trop de pression sur les épaules a chuté, de 77 % à 60 %. Beaucoup semblent donc avoir intériorisé cette notion d’urgence.

Denis PEIRON, 27/10/2009